LE RAP, FABRIQUE À CLASH

Le rap sans les clashs n’est plus du rap. De Notorious Big à Booba et Kaaris, retour sur les principales rixes qui ont fait l’histoire de ce genre musical.

Les clashs sont vieux comme le rap et la tradition n’est pas près de s’éteindre. Dernier chapitre en date : le pugilat dont tous les médias ont parlé le mois dernier. Booba et Kaaris qui se croisent par hasard dans l’un des aérogares d’Orly le 1er août. Les deux rappeurs se cherchaient des noises depuis des mois sur les réseaux sociaux et ils ne se contentent alors pas de mots : à coups de pied, de poing et de bouteilles de parfum empruntées au magasin du coin. Ce jeudi, ils passent en procès au TGI de Créteil avec neuf de leurs acolytes. Les scènes, violentes, sont loin d’être inédites dans l’histoire du rap, qui a vu bien pire.

Années 70 et gangsta rap : clashs à balles réelles

Le rap apparaît dans les ghettos noirs des Etats-Unis dans les années 70 et le clash en fait partie dès le début. « Il faut se rappeler que l’idée même du clash est à la base de la culture hip hop« , expliquait le journaliste musical Olivier Cachin dans une interview à 20 Minutes en 2013. Grand spécialiste du genre, il évoquait sa généalogie : « Les battles, les joutes verbales, sont issues de l’art des « dozens » qui se pratiquaient alors en prison. » Le but du jeu est simple : prendre le dessus sur son adversaire en ayant le dernier mot, si besoin à coup d’injures, notamment à propos des mères. On parle alors de « dirty dozens« . « La violence devient métaphorique en étant verbale au lieu d’être physique et c’est plutôt sain« , ajoute Olivier Cachin. Et de conclure : « On se bat à coups d’insultes, drôles de préférence, et ainsi on transforme quelque chose de déplaisant en quelque chose d’artistique. Accessoirement, cela permet de vendre des disques en faisant parler de soi.« 

Mais de la violence symbolique à la vraie violence, il n’y a parfois qu’un pas. Le seuil est franchi avec l’avènement du gangsta rap à la fin des années 80, où les rappeurs affichent ouvertement leur proximité avec la culture des gangs et tous les codes qui vont avec : argent facile, grosses cylindrées, drogue et prostituées… Le groupe NWA (Niggaz with Attitudes, « des nègres qui ont du style ») popularise le genre avec des textes au langage cru. Leur titre emblématique « Fuck tha Police » sort en 1988 pour dénoncer les violences policières. Le groupe de Los Angeles recevra une lettre de protestation du FBI et profitera de cette publicité pour se présenter comme le « groupe le plus dangereux du monde ». Le gangsta rap s’attire aussi les foudres des hommes politiques : en 1992, le vice-président Dan Quayle demande à la maison de disque de Tupac Shakur de retirer des ventes le dernier album du rappeur après un fait divers tragique, le meurtre d’un policier texan par le conducteur d’une voiture volée. Le meurtrier écoutait la musique du rappeur sur le véhicule quand le drame a eu lieu. L’affaire a été classée par la justice par la suite.

Quelques années plus tard, c’est une rivalité entre deux rappeurs qui se termine de la pire des façons : la mort des deux protagonistes. Tupac Shakur en 1996 à Las Vegas et Notorious B.I.G. à Los Angeles l’année suivante. Comme souvent dans le milieu du rap, la relation entre les deux hommes avait bien commencé, Tupac aidant « Biggie » à sortir de l’ombre. Mais en 1994, une fusillade envenime leurs rapports : Tupac est reçu dans les bureaux du producteur de « Biggie » à New York et il est agressé et blessé par balles. C’est le début d’une guerre qui ne se contente pas de mots entre deux raps : celui de Tupac sur la côte ouest, et celui de Notorious B.I.G. sur la côte est, sur fond de relations mafieuses. Les deux hommes finiront assassinés par balles dans leur voiture. Depuis, les enquêtes n’ont pas permis d’identifier les auteurs.

 

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Source : www.franceculture.fr

 

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