KEMMLER, « J’AIME JOUER AVEC LES MOTS »

Fort d’une expérience dans la musique de près de quinze ans, le rappeur originaire de Marseille, a sorti il y a deux mois un premier album remarqué, Rose. L’artiste s’y livre sans artifice et avec une sincérité déroutante, principalement autour du thème des relations amoureuses.

A quel moment avez-vous mis un pied dans le rap ?

Kemmler : J’ai commencé très tôt, aux alentours de 14 ans. Un atelier d’écriture avait été mis en place au sein de mon collège et si je n’étais pas vraiment partant au début, j’y ai vite pris goût. J’ai très rapidement aimé jouer avec les mots, et c’est encore le cas aujourd’hui. Avec l’un de mes amis, Verbal, nous avons formé le duo Renéga dans le cadre de cet atelier, et très vite l’opportunité s’est présentée de pouvoir faire de la scène. Ensemble, nous avons gagné la compétition de rap « Planète jeunes », organisée par la Ville de Marseille, ce qui nous a permis de nous produire au Dôme. Nous avons aussi gagné une session dans un studio d’enregistrement grâce à un concours du même genre, organisé cette fois par le centre social de La Solitude. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

Je puise essentiellement l’inspiration dans ma vie et dans celle de mes amis. Je pense que j’écris beaucoup de choses de façon inconsciente, que mon subconscient s’exprime à travers ma plume. Les femmes constituent également une grande source d’inspiration pour moi.

Les humoristes et le théâtre m’influencent aussi beaucoup. J’ai travaillé deux ans au théâtre l’Antidote à Marseille, ce qui m’a permis d’assister à énormément de représentations. J’essaie d’être assez éclectique, de m’intéresser à des choses plus variées les unes que les autres pour garder un horizon le plus ouvert possible.

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Quelles sont vos influences musicales ? Vous nourrissez-vous d’autres genres musicaux que le rap ?

J’ai énormément écouté de rap français dit « conscient » pendant mon adolescence. J’aimais beaucoup ce que faisaient Kery James et Lino par exemple. En grandissant, je me suis un peu détaché de ce style, pour écouter des choses plus « cool», plus « douces », même si j’affectionne encore ces artistes et leur musique. J’aime aussi le rap américain, avec des artistes comme Nas ou encore Kanye West qui pour moi est un génie. Je pense que les rappeurs belges et québécois Damso et Loud, pour ne citer qu’eux, ont une écriture incroyable. En dehors de ce genre musical, j’apprécie beaucoup la variété française. Le chanteur Vianney rappe mieux que certains rappeurs !

Au vu de vos clips, on comprend que vous attachez une importance particulière à votre style visuel. Comment travaillez-vous cet aspect ?

L’aspect visuel est pour moi une chose essentielle. Les clips de rap cliché, avec des grosses voitures et des femmes partout ne sont pas à mon goût. J’essaie d’apporter autre chose, et c’est pour cela que je m’entoure le plus possible de personnes qui ne sont pas issues du milieu du rap. C’est un réalisateur qui vient de la publicité à l’origine, Théo Vincent, qui a réalisé mes clips jusqu’ici. Il a réussi à donner aux vidéos un certain côté cinématographique qui me plaît beaucoup.

Sur votre album, vous avez collaboré avec les artistes Joachim Pastor et N’to, tous deux issus de la scène électronique. Comment s’est opéré le rapprochement entre votre style musical et le leur ?

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C’est d’abord un rapprochement au niveau humain avant d’être un rapprochement musical. Nous sommes tous les trois signés sur le même label, ce qui nous a donné l’occasion de partir en tournée ensemble, et une amitié est née. Ils ont été extrêmement bienveillants avec moi, alors qu’ils n’avaient pas à l’être. Au niveau de la musique, le rap et la musique éléctronique sont deux univers musicaux qui se rapprochent de plus en plus. Par cette collaboration, nous avons essayé de trouver l’alliage parfait entre ces deux genres.

Vous avez grandi à Marseille, mais vous ne parlez pas de la ville dans vos textes, pourquoi ?

Kemmler : J’aime trop Marseille pour en parler de manière objective ! Je ne pense pas représenter cette ville où j’ai grandi, même si je l’adore. Aussi, j’essaie surtout de toucher un maximum de monde, de rassembler autour de ma musique au delà des frontières de la ville.

La Marseillaise | Sarah Boumghar